Les EuroVelo en France : 9000 km pour voir le pays autrement

La Velomaritime, portion française de l'EuroVelo 4, longe le littoral
Dix itinéraires européens traversent la France à vélo, de l’Atlantique aux Alpes, des plages du Nord aux villages du Sud.
Pas besoin de quitter le pays pour vivre un grand voyage à vélo. Avec près de 9 000 km balisés, la France est l’un des piliers du réseau EuroVelo, ce projet européen de véloroutes longue distance. Dix itinéraires traversent l’Hexagone du nord au sud, de l’est à l’ouest, en longeant fleuves, littoraux, canaux, montagnes ou grands axes historiques. Des tracés souvent déjà bien connus sous d’autres noms (Vélodyssée, Scandibérique, ViaRhôna ou Loire à Vélo) mais qui, une fois rassemblés sous la bannière étoilée d’EuroVelo, prennent une autre dimension : celle du voyage transfrontalier.

La carte des EuroVélo en France – France Vélo Tourisme
Rouler au rythme des marées
Il y a quelque chose de grisant à longer l’océan à vélo. Le vent dans le dos (ou de face, parfois), l’iode qui pique les narines, les villages qui surgissent au détour d’un cap… Trois EuroVelo traversent la France en suivant la mer, chacune avec son caractère, ses paysages, ses ambiances.
La plus célèbre, c’est sans doute La Vélodyssée, alias EuroVelo 1. Elle part de Roscoff pour descendre jusqu’à Hendaye en épousant le littoral atlantique sur plus de 1200 km. Forêts, dunes, stations balnéaires, ports ostréicoles… c’est un voyage tout en contrastes, parfois sauvage, souvent accessible. La piste file à travers les Landes comme sur un tapis, entre pins et silence. Et plus on descend vers le Pays basque, plus ça grimpe, plus ça secoue. Mais la récompense est là : l’arrivée sur l’océan, côté sud.

L’église Saint-Pierre dans le centre-ville de Caen
Plus au nord, l’EuroVelo 4, appelée La Vélomaritime, déroule un tout autre décor. De Roscoff à Dunkerque, elle traverse la côte bretonne, le Cotentin, la baie du Mont-Saint-Michel, les plages du Débarquement, la côte d’Albâtre, la baie de Somme… Des noms qui claquent, qui résonnent. Ici, pas de ligne droite infinie comme dans les Landes, mais une succession de montées, de descentes et de panoramas à couper le souffle. Le tout avec un solide vent d’ouest pour vous rappeler que la Manche ne plaisante pas. Entre Calais et Dunkerque, l’itinéraire est partagé avec l’EuroVelo 12, la véloroute de la mer du Nord. Quelques kilomètres seulement, mais une porte d’entrée sur un vaste réseau cyclable international.

L’abbaye Notre-Dame de Sénanque dans la commune de Gordes
Et puis il y a l’EuroVelo 8, la Méditerranée à vélo. Le soleil tape, les accents chantent, et l’itinéraire n’est pas encore complètement terminé. Mais entre Argelès-sur-Mer et Menton, on peut déjà pédaler sur plus de 800 km. Le parcours file entre plages et collines, traverse les vignes, s’invite dans les ports. Béziers, Sète, les calanques, les palmiers de Cannes, les marchés de Nice… C’est une autre France, plus méridionale, plus contrastée aussi. Moins homogène côté aménagements, mais pleine de promesses pour qui accepte l’imperfection.
Les EuroVélos au fil de l’eau
Rouler le long d’un fleuve a quelque chose d’apaisant. Le relief s’adoucit, les paysages se déroulent avec lenteur, les villages s’égrènent au rythme des méandres. Plusieurs EuroVelo suivent cette logique fluviale, offrant des itinéraires calmes, souvent très bien aménagés, idéals pour voyager sans brusquerie.
Difficile de ne pas commencer par l’EuroVelo 6, la fameuse Loire à Vélo. C’est l’une des plus connues, l’une des plus abouties aussi. Elle relie l’Atlantique à l’Europe centrale, mais côté français, elle file de Saint-Brevin-les-Pins à Bâle, en passant par la Loire, le canal du Centre, puis le Doubs. Châteaux Renaissance, berges sauvages, caves troglodytes, canaux paisibles… C’est une traversée tout en douceur, qui plaît autant aux familles qu’aux cyclistes plus endurants.

Crédit Photo : Thomas Garcia
Plus au sud, la ViaRhôna (ou EuroVelo 17) remonte le Rhône depuis la Camargue jusqu’à Genève. C’est un itinéraire plus contrasté, qui alterne portions très roulantes et secteurs un peu plus techniques. Mais quel parcours. Des marais salants aux Alpes en passant par les vignes des Côtes du Rhône, les lavandes de la Drôme et les terrasses du Bugey, cette véloroute compose une véritable fresque du sud-est de la France. Et elle a l’avantage d’être aujourd’hui presque intégralement aménagée.

La piste des forts traverse la forêt de la Robertsau
Du côté de l’Alsace, l’EuroVelo 15, aussi appelée la Véloroute du Rhin, suit le fleuve qui marque la frontière entre France et Allemagne. Plat comme une crêpe (ou plutôt comme une tarte flambée), impeccablement balisé, il traverse forêts, villages fleuris, zones protégées et passe par Strasbourg, capitale européenne et haut lieu du vélo urbain. C’est une porte d’entrée idéale pour un premier voyage, ou un tronçon à intégrer dans un plus long périple européen.
Enfin, plus confidentielle, l’EuroVelo 19, la Meuse à vélo, offre une parenthèse plus verte, plus tranquille. Depuis le plateau de Langres jusqu’à la frontière belge, elle suit un fleuve discret et sinueux, traverse des paysages préservés, des cités médiévales, des vallées oubliées. On est loin des grands axes touristiques, et c’est tout son charme.
Traverser la France autrement
Certaines EuroVelo ne longent ni l’océan, ni un fleuve. Elles prennent la France de biais, en diagonale, en zigzag, pour mieux en révéler les replis. Ces itinéraires sont plus variés, parfois plus exigeants, mais offrent une autre lecture du territoire.
La Scandibérique, c’est l’EuroVelo 3. Un nom nordique pour un itinéraire qui relie Trondheim à Saint-Jacques-de-Compostelle. En France, elle descend depuis la frontière belge, traverse les Hauts-de-France, l’Île-de-France, croise la Loire à Orléans, puis file vers Bordeaux avant de plonger dans les Pyrénées. C’est la véloroute des contrastes. Banlieues, campagnes, forêts, vignes, grandes villes, petits bourgs… On change de décor à chaque étape. Parfait pour celles et ceux qui aiment la diversité et ne cherchent pas la ligne droite.

L’EV5 emprunte la Route des Vins en Alsace
Plus à l’est, l’EuroVelo 5, la Via Romea Francigena, suit l’ancien chemin des pèlerins vers Rome. En France, le parcours est morcelé. Il entre une première fois par Calais et Lille, avant de réapparaître près de Sarreguemines pour traverser l’Alsace jusqu’à Bâle. Ce double passage en France donne un itinéraire un peu haché, pas encore totalement abouti, mais très prometteur. Notamment entre Strasbourg et Mulhouse, où il emprunte la route des vins et flirte avec les contreforts des Vosges.
Ces deux EuroVelo ne sont pas les plus roulées, ni les plus faciles d’accès. Mais elles ont ce petit goût d’aventure, de chemin moins balisé, qui attire de plus en plus de cyclovoyageurs en quête d’itinéraires moins fréquentés. Un moyen de relier les autres grands axes, ou de tracer sa propre diagonale dans la carte.
