J’ai visité les coulisses de fabrication des vélos Intersport

Audrey Huguel
Audrey Huguel - Rédac chef
13 min de lecture
Crédits : MFC

J’ai visité la Manufacture Française du Cycle, la plus grande usine vélo de France. De la conception à l’assemblage, j’y ai découvert comment naît concrètement un vélo, notamment un Nakamura, la marque propre de cycles d’Intersport.

Vous vous êtes déjà demandé ce qu’il y avait vraiment derrière un vélo avant qu’il n’arrive en magasin ou chez vous ? Derrière un cadre, une peinture ou un petit drapeau français, il y a des mois de conception, des tests, un vrai savoir-faire et une logistique bien huilée.

J’ai eu la chance de visiter la Manufacture Française du Cycle, à Machecoul-Saint-Même, en Loire-Atlantique. Invitée par Intersport, j’ai pu suivre, étape après étape, la naissance d’un vélo. Je vous emmène avec moi !

La Manufacture Française du Cycle, un site hors norme

Dès l’arrivée, les dimensions du site impressionnent. La Manufacture Française du Cycle compte 35 000 m² de surface de production et près de 30 000 m² d’entrepôt logistique et de stockage. On comprend tout de suite qu’on entre dans un site industriel majeur du vélo en France.

Vélos Gitane
Gitane a été lancée à la manufacture française du cycle en 1930

Au-delà des volumes, c’est surtout ce que dégage le lieu qui m’a marquée. Fondée en 1925 par Marcel Brunelière, l’entreprise a passé le cap des 100 ans l’an dernier. Cet ancrage historique marque ainsi le point de départ de près d’un siècle de savoir-faire industriel français dans l’univers du vélo avec :

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  • La naissance de la célèbre marque Gitane en 1930
  • La production de masse au cours des années 1970
  • Le lien avec le groupe Cycleurope, avant 2013 (chez qui Intersport faisait d’ailleurs fabriquer ses propres vélos à cette époque)

Et depuis son rachat par Intersport en 2013, l’usine a changé d’échelle. L’enseigne a investi plus de 40 millions d’euros pour moderniser les infrastructures, renouveler les machines et créer un laboratoire d’essais.

Aujourd’hui, l’alliance entre la force de frappe d’Intersport et le savoir-faire de la MFC a même fait du site le premier assembleur de cycles en France. L’usine emploie 650 personnes et assemble 350 000 vélos par an. Nakamura y occupe une place stratégique, au point de représenter 10 % du chiffre d’affaires des magasins de plaine de l’enseigne.

Le site de Machecoul porte aussi d’autres activités importantes, avec la marque premium SUNN, la distribution de pièces et d’accessoires via PNA Cycling, ainsi que l’assemblage de vélos destinés à la mobilité partagée.

En parcourant les allées, j’ai aussi été frappée par autre chose plus difficile à chiffrer. Ici, le savoir-faire se transmet beaucoup sur le terrain, avec un système de binôme très ancré. Les plus anciens forment les nouveaux, geste après geste. Et cela donne tout de suite un autre sens aux vélos que l’on voit défiler sous nos yeux.

Le bureau d’études, première étape de conception d’un vélo

Ma visite a commencé par le laboratoire d’essai, j’y reviendrai. Car, avant d’en arriver à ces tests extrêmes, tout débute bien plus tôt, au bureau d’études.

C’est ici en effet que le vélo prend une première forme. L’équipe de la MFC réunit 32 personnes aux profils pointus et complémentaires : chefs de projets, concepteurs, designers graphiques, techniciens d’atelier… J’y ai appris qu’un nouveau modèle ne se conçoit pas en quelques semaines. Selon les projets, il faut entre 6 mois à 2 ans et demi pour aboutir.

Le rythme y est intense. Chaque chef de projet pilote une vingtaine de dossiers en simultané. Il faut définir une géométrie, penser des usages ou encore travailler de nouveaux coloris… Et certains de ces choix n’iront jamais jusqu’à la commercialisation !

Nakamura Summit Evo Junior, VTT enfant Intersport 2026 en 24 pouces avec fourche suspendue pour enfants de 7 à 10 ans
Le Nakamura Summit Evo Junior, avec une peinture fluo développée à Machecoul, accompagne les débuts en VTT.

J’ai aussi compris que la création d’une couleur de cadre d’un vélo est loin d’être un détail. L’équipe nous a confié que la nouvelle peinture en poudre jaune fluo, arborée fièrement par le nouveau VTT enfant Summit Evo Junior (présenté parmi les nouveautés 2026 de Nakamura), a été développée en France sur site. La peinture irisée du nouveau vélo gravel Allroad 450 de Nakamura est aussi une innovation de la MFC.

Autre anecdote intéressante : pour un seul VAE, il faut vérifier, tester et anticiper l’assemblage de plus de 200 pièces !

Mais derrière cette complexité, une chose guide les équipes : concevoir un produit adapté aux besoins du client final.

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Comment la MFC éprouve ses vélos avant leur mise en vente

Laboratoire d'essais à la Manufacture Française du Cycle

Revenons au commencement.

Ma visite a donc commencé par le laboratoire d’essais. Une entrée en matière marquante ! Ce laboratoire a d’ailleurs été le premier grand investissement lancé par Intersport après le rachat du site, dans le cadre d’une enveloppe de plus de 40 millions d’euros consacrée à sa modernisation.

Sur place, des machines soumettent des échantillons, des pédales, des porte-bagages ou encore des cintres à des tests d’impacts latéraux. Le but est simple : vérifier leur résistance dans des conditions très exigeantes.

L’attention se porte particulièrement sur les cadres. Avant d’arriver en magasin, ils passent par une série d’épreuves destinées à valider leur solidité. C’est aussi ce niveau d’exigence et de contrôle qualité qui permet à Intersport de garantir à vie ses cadres en aluminium.

La peinture et la décoration des cadres à la main

Peinture des cadres de vélo Nakamura à Machecoul
Peinture des cadres de vélo Nakamura à Machecoul

L’étape suivante de la visite m’a permis de mieux comprendre comment un cadre prend son apparence finale. Dans l’atelier de peinture, les cadres bruts sont suspendus à des crochets avant de passer entre plusieurs étapes très cadrées.

La MFC utilise un procédé de peinture en poudre, moins polluante. La poudre se fixe d’abord au cadre par procédé électrostatique. Le cadre passe ensuite dans un four. Sous l’effet de la chaleur, la matière se gélifie. Puis il en ressort avec une finition uniforme et une couleur bien fixée.

« Aujourd’hui, plus de 85 % des cadres sont peints et décorés en interne« , nous affirme Romain Perrus, directeur des opérations à la Manufacture Française du Cycle. L’atelier peut aller jusqu’à 15 changements de coloris dans une même journée.

Décoration à la main d'un cadre de vélo Nakamura Nyota
Les stickers et logos sont apposés manuellement sur les cadres de vélos à la MFC

J’ai aussi pu observer la pose des stickers et des logos sur les cadres, réalisée entièrement à la main. L’ensemble est ensuite protégé par un vernis anti-UV.

C’est aussi dans cet atelier que j’ai découvert la défauthèque. Lors du contrôle qualité, lorsqu’un cadre présente un défaut (micro-rayure, défaut de fibre, de poudre…), il est écarté pour ne pas être vendu. Mais chez Intersport, pas de gaspillage : ces cadres servent alors à assembler des modèles de second choix, commercialisés sous l’appellation Le vélo presque parfait. Une démarche de qualité et de durabilité que j’ai trouvée particulièrement pertinente !

Dans l’usine, l’assemblage du vélo se joue à la minute

Je me suis ensuite dirigée vers les lignes d’assemblage. C’est là que le vélo prend réellement forme.

Mais avant cela, un passage par l’atelier des roues permet déjà de mesurer la cadence du site. Chaque année, la manufacture y produit près de 900 000 roues.

Gonflage des pneus à la MFC

Les opérateurs placent d’abord les moyeux à la main. Des robots prennent ensuite le relais pour ajuster la tension des rayons avec précision. À côté, 16 lignes sont dédiées à l’assemblage des pneus. Ils y sont montés, malaxés puis gonflés en quelques secondes… Je rêverais de pouvoir les gonfler aussi rapidement et facilement 😉 Un contrôle qualité est bien entendu effectué, pour vérifier l’aspect, la tension, le saut et le déport.

Un vélo Nakamura assemblé
Assemblage d’un vélo Nakamura

Plus loin, on arrive sur les 9 lignes d’assemblage principales. Des équipes de 15 à 25 personnes s’y relaient. La cadence est soutenue puisqu’un cadre sort de la ligne toutes les 2 à 3,5 minutes. C’est à ce moment-là que sont passés les câbles, que la direction est graissée ou encore que les roulements sont posés. Au total, il faut 1 h 10 pour transformer un ensemble de pièces en un vélo prêt à être mis en carton.

En bout de ligne, j’observe des mécaniciens qui disposent de quelques minutes pour régler les dérailleurs et purger les freins hydrauliques. Sur les modèles électriques, ils testent aussi l’assistance à la marche et vérifient l’appairage Bluetooth du moteur.

Et une fois l’assemblage terminé, sur chaque nouvel ordre de fabrication, des vélos sont systématiquement prélevés de la ligne puis testés. Cette étape permet de vérifier que tout fonctionne comme prévu avant l’expédition, toujours dans un souci de qualité.

Un entrepôt géant pour expédier les vélos partout en France

Une fois le vélo assemblé et contrôlé, le parcours continue ! On observe les équipes préparer les cartons avant le passage par l’entrepôt logistique.

Zone de stockage des vélos assemblés à la MFC
Zone de stockage des vélos assemblés à la MFC, de la marque Nakamura et autres

Notre visite se termine ainsi dans ce vaste espace de 30 000 m², dédié au stockage des vélos et des composants. En levant les yeux dans les allées, je découvre de nombreuses piles de cartons montées jusqu’à 10 à 12 mètres de hauteur. On voit aussi passer des robots qui transportent les cartons d’un point à un autre. C’est assez impressionnant à observer… Et surtout, on réalise mal ce que cela représente, avant de le voir de ses propres yeux !

Robots qui dispatchent les vélos dans la zone de stockage
Priorité aux robots venant dispatcher des vélos vers la zone de stockage

C’est depuis cette immense zone de stockage que s’organise ensuite l’expédition des vélos. Les modèles préparés en usine partent aussi bien vers le réseau de magasins Intersport, les revendeurs que directement chez le client final. Une logistique dimensionnée pour absorber les volumes et répondre rapidement à la demande.

En quittant la Manufacture Française du Cycle, j’ai mieux compris tout ce qu’un vélo concentre de réflexion, de gestes précis, de contrôles et de logistique avant d’arriver jusqu’à nous. Cette visite m’a aussi rappelée la chance que représente le fait de pouvoir entrer dans les coulisses du premier assembleur de cycles en France. On regarde forcément ces vélos autrement après ça. J’éprouve même un sentiment de fierté. Derrière un Nakamura, un SUNN ou encore un Vélib’, il y a tout un savoir-faire industriel français que cette immersion m’a effectivement permis de mesurer concrètement !

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Audrey Huguel
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Entre vélotaf, sorties gravel et escapades à vélo, Audrey roule par passion autant que par conviction. Sur Guide Vélo, elle partage ses tests et conseils pour aider chacun à prendre encore plus de plaisir à rouler. Elle accorde aussi une attention particulière au vélo au féminin, aux freins qui persistent encore et à la place que les femmes peuvent pleinement prendre dans cet univers.
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