Violences routières : ce rapport pose les bases d’une vraie protection pour les cyclistes

Le rapport Barbe propose 40 mesures pour apaiser les routes. La balle est désormais dans le camp du gouvernement.
Le 25 avril, Emmanuel Barbe a remis un rapport attendu de longue date. À travers 40 recommandations, il propose de sortir de l’impasse des violences motorisées et de construire enfin une route plus sûre pour les cyclistes. Mais sans volonté politique forte, ces pistes risquent de rejoindre la longue liste des rapports oubliés.
Un rapport attendu qui remet les cyclistes au centre du débat
Depuis des années, les associations cyclistes alertent sur la banalisation des violences routières. La mort de Paul Varry, tué volontairement à vélo en plein Paris, a marqué un tournant. Face à l’émotion, le gouvernement a chargé Emmanuel Barbe d’une mission spécifique pour « prévenir les violences et apaiser les tensions sur la voie publique ». Le rapport remis le 25 avril ne se contente pas de poser un constat. Il propose un véritable plan d’action pour changer la situation.
La Fédération française de cyclotourisme salue un document « ambitieux », qui répond à « des demandes anciennes en faveur d’une meilleure protection des cyclistes ». Un point partagé par la FUB et plusieurs organisations reçues lors de la remise officielle.
Formation, aménagements, règles : un changement de culture proposé
Le rapport formule 40 recommandations, dont 18 sont jugées prioritaires. La philosophie est claire : il ne s’agit pas seulement d’ajouter quelques aménagements cyclables, mais de transformer en profondeur la culture du partage de la route.
Côté formation, Emmanuel Barbe propose d’aller plus loin que le « Savoir Rouler à Vélo ». Il recommande d’évaluer le dispositif, de l’étendre jusqu’au lycée et de rendre certaines formations éligibles au Compte Personnel de Formation. Il invite aussi à moderniser la formation au permis de conduire : « mesurer, par le biais d’une bicyclette fixe, ce que ressent un cycliste lorsqu’il est dépassé par un véhicule » serait ainsi intégré à la préparation du permis.
Sur le volet des règles de circulation, le rapport suggère une évolution forte : « rendre obligatoire le franchissement complet de la ligne médiane pour dépasser un cycliste », une mesure saluée par la FFVélo. Il propose également de rendre obligatoire la définition d’au moins une zone 30 dans chaque agglomération.
En matière d’aménagements, Emmanuel Barbe insiste sur la nécessité d’un cadre plus contraignant. Il recommande d’imposer aux collectivités la création d’itinéraires cyclables lors de tout projet d’urbanisme et de « normaliser » la conception des aménagements, avec des couleurs et des signalisations harmonisées. Un changement de méthode qui s’inspire directement des exemples néerlandais et danois.
La question sensible des contrôles et de la vidéoverbalisation
Pour faire respecter les règles, le rapport aborde aussi la question du contrôle. Il préconise d’élargir la vidéoverbalisation, notamment pour les dépassements dangereux. La verbalisation des cyclistes est également évoquée, avec la création d’infractions spécifiques assorties d’amendes minorées pour certaines contraventions.
Un équilibre délicat à trouver, car si le rapport veut rappeler que « chaque usager doit respecter les règles », il ne minimise pas la nécessité de mieux sanctionner les comportements hostiles à l’égard des cyclistes.
Une impulsion politique indispensable pour passer des mots aux actes
Le ministre des Transports Philippe Tabarot s’est engagé à examiner « avec le plus grand soin » ces recommandations. « Je souhaite désormais que ses recommandations soient examinées dans le cadre d’une concertation entre l’ensemble des ministères concernés », a-t-il déclaré. De son côté, François-Noël Buffet, ministre auprès du ministre de l’Intérieur, rappelle que « réduire les conflits d’usage et les comportements agressifs est un pré-requis indispensable à la sécurité routière ».
Des paroles encourageantes, mais les associations restent vigilantes. Lors de la remise du rapport, la FFVélo a rappelé que « le sentiment d’insécurité est très fort, notamment en zone rurale », et que des mesures concrètes sont attendues sans tarder.
Et maintenant ?
Le rapport Barbe fixe un cap clair : apaiser la route, repenser son partage, et protéger enfin les usagers vulnérables. Mais sans une véritable impulsion politique, ce document risque de rejoindre la longue liste des rapports restés sans suite. Comme souvent dans le vélo, les idées existent, les solutions aussi. Ce qu’il manque, c’est la décision d’avancer. La balle est désormais dans le camp du gouvernement. Les cyclistes, eux, attendent plus qu’une promesse : ils attendent un vrai changement sur la route.
