Marché du vélo en Allemagne : les 5 grands enseignements de l’année 2025

Thibaut Bernardin
9 min de lecture
Le gravel de Thibaut dans les vignobles de la Forêt Noire

Comme chaque année, les associations de l’industrie du cycle allemande (ZIV, Zukunft Fahrrad et VSF) viennent de dévoiler les chiffres de leur marché pour l’année écoulée. Voici ce qu’il faut retenir.

Quand l’Allemagne tousse, le marché européen du vélo s’enrhume. Heureusement, les chiffres de l’année 2025 présentés le 11 mars par les grands acteurs du cycle outre-Rhin montrent plutôt un patient en voie de guérison.

Le parc circulant allemand est d’ailleurs impressionnant : le pays compte désormais 90,6 millions de vélos et VAE sur ses routes, s’imposant comme la plus grande flotte de véhicules du pays. Mais concrètement, comment les cyclistes allemands s’équipent-ils aujourd’hui et quelles sont les tendances à retenir pour nous, cyclistes du quotidien ?

Un marché allemand qui se stabilise à un niveau très élevé

Fini la frénésie de la pandémie, le marché allemand atterrit en douceur. En 2025, les ventes globales ont légèrement reculé pour s’établir à 3,8 millions d’unités vendues (environ 2 millions de vélos électriques et 1,8 million de vélos classiques). Le chiffre d’affaires du secteur suit cette légère baisse (-7,7%) pour atteindre 5,85 milliards d’euros. Mais pas de panique : on reste très largement au-dessus des niveaux d’avant la crise sanitaire.

Du côté de l’électrique, le VAE domine toujours le marché en représentant 53 % des ventes totales, une proportion qui reste très stable depuis trois ans. Face à des stocks encore importants, les promotions ont continué, faisant légèrement chuter le prix moyen d’un vélo électrique neuf à 2 550 euros.

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Part des ventes de VAE en Allemagne en 2025
Part des ventes de VAE en Allemagne en 2025

Lors de la présentation des chiffres, Burkhard Stork, le directeur du ZIV, a souligné la domination du vélo et en a profité pour lancer une petite pique à l’industrie automobile allemande : « La principale forme d’électromobilité en Allemagne, c’est le vélo électrique. La voiture électrique […] a franchi la barre des 2 millions en début d’année. Félicitations, nous y étions déjà il y a 11 ans ! »

Le gravel et le vélo premium sauvent le musculaire

Si le vélo électrique tire les volumes, le vélo « musculaire » (sans assistance) résiste bien grâce à une montée en gamme évidente. Le prix moyen d’un vélo classique est d’ailleurs resté parfaitement stable à 500 euros. Pourquoi ? Parce que les vélos sportifs et premium ont la cote.

Ventes de vélo en Allemagne en 2025 par segment de marché
Ventes de vélo en Allemagne en 2025 par segment de marché

Le gravel confirme notamment son statut de coqueluche du marché : il représente désormais 6,5 % des ventes de vélos sans moteur, dépassant même les VTT classiques (ATB). Comme nous le constatons aussi en France, le gravel n’est plus seulement un vélo de sport, c’est devenu une monture de choix, même pour le vélotaf et les trajets quotidiens.

À l’inverse, on note un coup de frein sur les remorques vélo. Leurs ventes sont tombées à un peu moins de 150 000 unités en 2025. Fait amusant : une part de plus en plus significative de ces remorques n’est plus achetée pour les enfants, mais pour transporter des chiens.

Le leasing d’entreprise : la vraie machine de guerre

C’est sans doute le chiffre le plus impressionnant de 2025 : le leasing d’entreprise pèse désormais près de 50 % du chiffre d’affaires lié à la vente de vélos en Allemagne. Aujourd’hui, 342 000 entreprises allemandes proposent ce service à leurs salariés.

Prix de vente moyens des vélos en Allemagne en 2025
Prix de vente moyens des vélos en Allemagne en 2025

Et cette formule tire le marché vers le haut de gamme : le prix moyen d’un VAE acheté via un contrat de leasing s’élève à 3 700 euros, contre 2 550 euros sur le marché global. Les utilisateurs plébiscitent le leasing pour son côté « tout compris » : la maintenance, le service et l’assurance sont inclus, ce qui évite de sortir une grosse somme d’un coup.

Le boom du vélo reconditionné

Qui dit explosion du leasing, dit retour massif de vélos en fin de contrat. En 2025, environ 80 000 vélos sont revenus des flottes d’entreprise pour alimenter le marché de l’occasion. Ce marché du reconditionné connaît une croissance fulgurante de l’ordre de 68 % par an. Les vélos sont entièrement révisés, les batteries testées, et ils sont revendus avec une garantie. On comprend mieux le succès insolent de Buycycle, la plateforme de revente en ligne de vélos reconditionnés, qui a mis la main l’année dernière sur les français Everide et Biked.

Face aux prix du neuf, près de 60 % des consommateurs se disent ouverts à l’achat d’un vélo premium d’occasion chez un professionnel. D’ailleurs, la demande est telle que les professionnels du reconditionnement peinent à y répondre. « La demande rafle complètement l’offre, ce qui signifie que tous les vélos reconditionnés sont en fait vendus immédiatement », analyse Wasilis von Rauch, le dirigeant de Zukunft Fahrrad.

Les ateliers mécaniques tournent à plein régime

C’est le paradoxe actuel du commerce de cycle : alors que les ventes de vélos neufs ralentissent, les ateliers de réparation ne désemplissent pas. En 2025, le chiffre d’affaires global des magasins spécialisés a baissé de 6,8 %, mais les revenus liés aux prestations d’atelier ont bondi de 13,5 %.

Pour nous, cyclistes du quotidien, c’est une excellente nouvelle. Cela prouve que le vélo s’ancre comme un véritable moyen de transport qu’il faut entretenir régulièrement. Les détaillants l’ont bien compris : 78 % d’entre eux prévoient encore une croissance de leur activité atelier en 2026. Le vrai défi sera désormais de trouver suffisamment de mécaniciens qualifiés pour répondre à cette demande.

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La France, terre de conquête pour l’industrie allemande (et non l’inverse)

L’influence de l’industrie allemande dépasse largement ses frontières et la dynamique de 2025 le prouve : le pays a exporté 1,39 million de vélos et VAE, marquant une progression de 11 % par rapport à l’année précédente. Mais ce qui frappe dans ces chiffres, c’est le fort appétit de l’Hexagone pour les montures germaniques.

La France s’est en effet hissée à la deuxième place des pays destinataires pour les vélos électriques allemands, captant à elle seule 12 % de leurs exportations. En dépassant l’Autriche, notre marché se place désormais juste derrière les intouchables Pays-Bas (23 %). Ce succès se vérifie au quotidien sur nos pistes cyclables : des géants allemands comme Velo de Ville, Canyon, Cube, Rose ou encore Riese & Müller sont aujourd’hui solidement installés en France.

Foldy, le vélo pliant de Velo de Ville

En revanche, la réciproque n’est absolument pas vraie et met en lumière un marché à sens unique. Si l’Allemagne importe elle-même massivement pour satisfaire sa demande interne (près de 2,5 millions de vélos et VAE importés en 2025), la France ne pèse quasiment rien sur ce marché et n’apparaît même pas dans le top 10 des pays fournisseurs. Pour les fabricants français, le puissant marché allemand reste donc une forteresse encore très difficile à percer.

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SOURCES :Market Data 2025
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Thibaut Bernardin est le fondateur de Guide Vélo. Cycliste du quotidien et observateur attentif des infrastructures urbaines, il met son expertise au service des usagers pour dénicher les meilleures solutions de micromobilité. Des vélos à courroie aux draisiennes pour enfants, des compteurs GPS aux meilleurs antivols du marché, Thibaut réalise des tests rigoureux basés sur une expérience de terrain réelle.