ZIV et Zukunft Fahrrad annoncent la fin de leur partenariat avec le salon. L’édition 2026 s’annonce sous tension.
C’était le rendez-vous immanquable du vélo en Europe. Chaque année, Eurobike réunissait à Francfort les grandes marques, les distributeurs, les médias et les passionnés. Mais les temps changent. Les deux plus importants organismes professionnels allemands, ZIV – Die Fahrradindustrie et Zukunft Fahrrad, viennent d’annoncer qu’ils ne participeront pas à l’édition 2026. Une décision qui remet en question l’avenir du salon et plus largement, celui d’une industrie à la recherche d’un nouveau souffle.
Une rupture nette, après des années de tensions
C’est une claque. Le ZIV – Die Fahrradindustrie, qui regroupe près de 140 entreprises représentant 90 % de la production allemande, et Zukunft Fahrrad, le réseau des acteurs de l’innovation vélo en Allemagne, ont mis fin à leur collaboration avec Eurobike. Après des mois de discussions, les deux associations ont estimé que leurs propositions n’étaient pas prises en compte de manière sérieuse.
« Nous ne voyons pas que les deux partenaires de la foire soutiennent avec la même détermination les mesures nécessaires pour rendre Eurobike viable pour l’avenir », déclare Bernhard Lange, dirigeant de Paul Lange & Co. et membre du ZIV. Le ton est clair. Les désaccords ne sont pas nouveaux, mais cette fois, ils débouchent sur un divorce.
Ce qui a mis le feu aux poudres ? Un plan en 10 points proposé par les deux fédérations, juste après l’édition 2025 qui visait à repenser le format du salon, son positionnement et son utilité pour la filière. Résultat : une absence d’engagement fort côté Eurobike, selon les associations. « Nous ne voyons aucune chance réaliste de parvenir aux ajustements structurels et de fond que nous demandons », tranche Ulrich Prediger, président de Zukunft Fahrrad et fondateur de JobRad.
En filigrane, les critiques ne datent pas d’hier. Eurobike peine depuis plusieurs années à incarner une vision forte. Trop de compromis, pas assez d’identité. Tour à tour salon B2B, foire grand public, vitrine sportive et événement urbain, il a tenté de tout faire sans vraiment convaincre. Et les marques avec qui nous échangions sur place nous le disait clairement : Eurobike a perdu de son intérêt.
Eurobike tente de sauver la face
Face à cette rupture, Eurobike reste droite dans ses bottes. Dans un communiqué publié le 30 octobre, l’organisation assure avoir mené « un dialogue objectif et constructif » avec les associations et affirme avoir déjà intégré plusieurs suggestions dans la préparation de l’édition 2026 avec notamment une durée revue à la baisse, nouvelles formules d’exposition, refonte du programme de conférences… Un conseil consultatif réunissant toutes les parties prenantes doit également voir le jour, avec Stephan Kurzawski (Messe Frankfurt) comme président.
Sur le fond, la direction d’Eurobike se dit surprise de cette décision, rappelant son engagement à évoluer avec les besoins du secteur. « Notre objectif reste de renforcer Eurobike en tant que salon de référence, en travaillant avec les acteurs de l’industrie, du commerce et du politique. »
Mais le mal est fait. Difficile de minimiser l’impact de cette défection alors que l’édition 2026 doit déjà composer avec une transformation majeure : la scission avec Mobifuture, le nouveau salon parallèle dédié aux mobilités légères. L’écosystème vélo ne semble plus vouloir jouer à guichets fermés dans un seul et même hall.
Une filière à la recherche d’un nouveau point de ralliement
Ce retrait de deux piliers du secteur allemand fragilise profondément le modèle Eurobike. Car au-delà de l’absence de stands, c’est toute la dynamique collective qui risque de s’effondrer. Si ZIV et Zukunft Fahrrad ne sont plus partenaires, leurs membres pourraient eux aussi bouder l’édition 2026. Et quand on sait que l’Allemagne est le premier marché vélo d’Europe, la question est simple : que reste-t-il d’un salon allemand… sans les Allemands ?
D’autant que ces deux fédérations ne cachent pas leur ambition de créer une alternative. Rien d’annoncé à ce stade, mais les déclarations vont dans ce sens : « La demande de nos membres pour une plateforme forte reste entière », rappelle Wasilis von Rauch, directeur de Zukunft Fahrrad. Côté ZIV, même message : « Il faut résoudre cette question de manière durable, car nous faisons face à d’énormes défis politiques et économiques », prévient Burkhard Stork.
Concrètement, plusieurs options sont sur la table. Une nouvelle manifestation nationale, plus spécialisée ? Un rapprochement avec des événements existants comme IAA Mobility ? Ou même une remise à plat totale du format salon ? Une chose est sûre : l’industrie veut autre chose que des stands et des présentations produit. Elle cherche une plateforme qui fédère, qui pèse politiquement, qui raconte une histoire collective. À suivre…

