Strava publie son premier Commute Report mondial. Près de 900 millions de kilomètres analysés qui font voler en éclats pas mal de clichés.
On imagine souvent le vélotafeur type sous les traits d’un trentenaire urbain en sacoche étanche, filant entre les voitures pour rallier son espace de coworking. Les données que vient de publier Strava dessinent pourtant un tout autre portrait, bien plus large et bien plus surprenant.
Dans son tout premier Commute Report, l’application a compilé les trajets domicile-travail enregistrés par ses utilisateurs tout au long de l’année 2025, livrant une radiographie mondiale inédite de la pratique. Au menu : un volume kilométrique vertigineux, une génération de retraités étonnamment dynamique et une leçon sur l’impact réel de la météo dans la décision de pédaler.
Près de 900 millions de kilomètres parcourus pour aller travailler
Avec plus de 195 millions d’utilisateurs répartis dans 185 pays, Strava dispose d’une base de données suffisamment large pour tirer des conclusions solides sur les habitudes cyclistes à l’échelle planétaire. Son rapport, qui analyse les trajets utilitaires anonymisés enregistrés entre janvier et décembre 2025, donne une idée tangible de ce que représente le vélotaf aujourd’hui dans le monde.
Le chiffre phare du rapport a de quoi impressionner : 885 millions de kilomètres ont été parcourus par les utilisateurs de l’application pour se rendre au travail sur l’année écoulée. Pour se représenter l’ordre de grandeur, cela équivaut à 22 000 tours de la Terre ou encore à 2 170 fois la distance parcourue par la mission spatiale Artemis II lors de son récent voyage autour de la Lune.
Et encore, ce total ne reflète qu’une partie de la réalité, puisqu’il ne couvre que les trajets enregistrés sur Strava. Des millions d’autres cyclistes, qui ne traquent pas leurs déplacements ou qui utilisent une autre application, passent sous les radars du rapport. Le vélotaf mondial est donc, en volume réel, très largement supérieur à ce que montre l’application.
Les Boomers, champions inattendus du guidon
C’est sans doute l’enseignement le plus contre-intuitif du Commute Report. À rebours des clichés qui associent volontiers le vélotaf aux jeunes actifs urbains, ce sont les Boomers (nés avant 1965) qui se distinguent en 2025 comme la génération la plus active en matière de trajets domicile-travail à vélo. L’écart avec la Gen Z (fin des années 90) est même significatif puisque les plus jeunes étaient 21 % moins susceptibles d’enregistrer ce type de trajet sur l’application que leurs aînés.
Quel est le secret de cette vitalité chez les plus âgés ? L’essor massif du vélo à assistance électrique (VAE). Les Boomers sont en effet également la génération qui utilise le plus le VAE pour ses déplacements utilitaires et le lien entre les deux observations n’a rien d’un hasard. L’assistance électrique efface les freins qui dissuadent traditionnellement de passer au vélotaf : distance trop longue, dénivelé intimidant, appréhension de l’effort ou de la condition physique. Ce qui semblait inaccessible devient soudain praticable, y compris pour des trajets quotidiens sur plusieurs kilomètres.
La géographie du VAE réserve elle aussi son lot de surprises. C’est l’Islande qui arrive en tête des pays comptant le plus de trajets domicile-travail réalisés en vélo électrique, suivie par la Belgique puis la Norvège. Un trio dans lequel ni le relief, ni le climat ne plaident spontanément pour le vélotaf.
La météo n’est pas une excuse (et la Finlande le prouve)
Et puisqu’on parle de conditions locales, le rapport Strava enfonce un autre clou particulièrement utile dans le débat sur le vélo au quotidien : la météo n’est plus vraiment un argument recevable pour refuser de s’y mettre. Des chaleurs estivales étouffantes du Japon aux hivers glaciaux de la Finlande, la communauté cycliste continue de pédaler toute l’année, quelles que soient les conditions affichées au thermomètre.
Le cas finlandais rejoint d’ailleurs parfaitement ce que nous disions dans notre article sur Oulu, ville souvent présentée comme la capitale mondiale du vélo d’hiver. Dans cette commune de 200 000 habitants située près du cercle polaire, 12 % des déplacements hivernaux se font à vélo malgré un manteau neigeux permanent pendant cinq mois de l’année et des températures régulièrement négatives.
La recette d’Oulu n’a pourtant rien de miraculeux et tient surtout à une volonté politique assumée depuis les années 1960. Dès lors que les infrastructures suivent et que la culture locale accompagne le mouvement, la météo cesse d’être un obstacle pour devenir un simple paramètre à gérer.
Des données pour améliorer nos pistes cyclables
Et c’est justement sur l’aménagement urbain que ces données prennent tout leur sens. Les millions de trajets analysés nourrissent Strava Metro, un outil mis gratuitement à disposition de plus de 4 000 urbanistes, agences gouvernementales et décideurs dans le monde.
En comprenant mieux les habitudes des cyclistes, ces partenaires peuvent adapter et améliorer les infrastructures. Comme le souligne Brian Bell, Vice-président chez Strava, enregistrer ses trajets permet de « participer à rendre les déplacements à propulsion humaine plus sûrs et plus accessibles pour tous ».
Aux Pays-Bas, où 96 % des trajets à vélo sont de nature utilitaire, cette mine de données vaut de l’or. Une étude menée par les architectes paysagistes de TRACK-landscapes y montre que le tri des données permet de comprendre les comportements en profondeur. Les urbanistes peuvent désormais observer les différences d’itinéraires choisis entre les hommes et les femmes, ou comparer les routes privilégiées de jour et de nuit.
Grâce à ces informations précises sur les cyclistes « longue distance », les municipalités et provinces néerlandaises priorisent aujourd’hui la création de grandes voies cyclables régionales reliant différentes zones résidentielles. Une démarche d’aménagement essentielle, car habiter à proximité d’une piste cyclable de qualité reste le tout premier levier pour encourager de nouvelles personnes à sauter le pas du vélotaf, nous disait une étude écossaise.