Continuité des itinéraires, vitesse limitée, stationnement sécurisé... Les priorités exprimées par les 330 000 répondants du Baromètre vélo sont claires.
Le Baromètre vélo 2025 ne se résume pas à un palmarès de communes récompensées. Les centaines de milliers de réponses collectées livrent un message sans ambiguïté : les cyclistes veulent avant tout se sentir en sécurité et pouvoir se déplacer sans coupure ni stress. De la réduction de la vitesse à l’entretien des pistes en passant par le stationnement, leurs priorités dessinent une feuille de route limpide, que les élus locaux auront bien du mal à ignorer à l’approche des municipales de 2026.
La sécurité, première des attentes

Les portières de voiture sont l’un des principaux dangers à vélo
Si un point domine toutes les réponses, c’est bien celui-là. La sécurité revient comme le premier frein cité par les non-cyclistes (60 %) et comme la principale source de tension pour les usagers réguliers. Trois quarts des répondants disent avoir subi une forme de « violence motorisée » au cours de l’année écoulée, qu’il s’agisse d’un dépassement trop serré, d’un refus de priorité ou d’une agression verbale. Pour beaucoup, enfourcher son vélo reste une expérience sous tension, marquée par la peur de l’accident.
Cette perception explique pourquoi la réduction de la vitesse automobile est devenue une revendication centrale. Le 30 km/h généralisé n’est plus vu comme une mesure cosmétique mais comme un levier décisif pour rassurer les cyclistes et élargir la pratique. Les pistes séparées apparaissent, elles aussi, comme un gage de sécurité indispensable. Les femmes, notamment, se montrent plus sensibles à ce critère : leur progression dans la pratique ne pourra se consolider que si les réseaux offrent des conditions claires de séparation avec le trafic motorisé.
Un réseau continu et entretenu

La deuxième demande forte porte sur la continuité des aménagements. Pour 19 % des répondants, la priorité absolue est de disposer d’un réseau cyclable complet, sans « trou noir » ni coupure brutale qui obligent à partager la chaussée avec les voitures. Le ressenti est unanime : ce sont ces discontinuités, parfois sur quelques centaines de mètres seulement, qui découragent la pratique et créent les situations les plus dangereuses.
L’entretien des infrastructures figure également en bonne place. Une piste dégradée, encombrée de gravillons ou rendue impraticable par les racines d’arbres suffit à rendre un trajet pénible. Le Baromètre recense 930 sites où des progrès notables ont été constatés depuis 2021, comme la Voie Lyonnaise n°1 ou le pont Simone-Veil à Bègles. Mais il pointe aussi la persistance de points noirs, à l’image du cours Gambetta à Montpellier, symbole d’aménagements contestés. Ces contrastes rappellent que l’investissement ne suffit pas : la qualité et la cohérence du réseau comptent tout autant que sa quantité.
Le stationnement, maillon faible du quotidien

Le troisième grand enseignement concerne le stationnement. Douze pour cent des participants en font une priorité, et plus de 1 300 lieux problématiques ont été signalés, principalement autour des gares, des établissements scolaires et des centres-villes. Le message est clair : sans stationnement sûr et accessible, l’usage quotidien du vélo reste fragile, car la crainte du vol continue de décourager de nombreux usagers.
Les attentes sont connues : multiplier les arceaux visibles et pratiques, mais aussi développer des solutions sécurisées, fermées et parfois payantes, comme des parkings vélos en gare ou dans les quartiers denses. Ce besoin de fiabilité concerne autant les grandes métropoles que les petites villes : un habitant de Bourg-en-Bresse ou de Notre-Dame-de-Monts hésite tout autant à laisser son vélo sans protection que celui de Paris ou Lyon. L’absence de stationnement est ainsi vécue comme une faille structurelle, qui fragilise la progression du vélo comme mode de transport du quotidien.
Une feuille de route pour les élus locaux
Pris ensemble, ces enseignements dressent une feuille de route claire pour les décideurs locaux. Les cyclistes ne demandent pas des aménagements spectaculaires ni des inaugurations en grande pompe, mais des mesures simples, concrètes et immédiatement perceptibles : apaiser la vitesse, relier les morceaux de réseau entre eux, entretenir ce qui existe déjà, et sécuriser le stationnement. Ce sont des actions à la portée de toutes les communes, petites ou grandes, et ce sont celles qui auront le plus d’effet sur la perception quotidienne des usagers.
À quelques mois des municipales, la FUB insiste sur le rôle politique du Baromètre : en publiant une cartographie fine des attentes locales, elle fournit aux associations un outil de pression inédit. Dans certaines régions, les écarts sont frappants : une commune classée A+ peut côtoyer une voisine en catégorie E, et cette comparaison alimente un sentiment d’injustice que les élus devront assumer. Le vélo devient ainsi un indicateur social et politique : un miroir des inégalités territoriales mais aussi un révélateur d’opportunités pour celles et ceux qui voudront capitaliser sur cette attente citoyenne.

