Ces vélos en bois made in France veulent faire trembler le carbone

Vélo de route en bois Alliage des Ateliers Gonnel - DR
À La Rochelle, les Ateliers Gonnel misent sur le bois et les fibres composites pour réinventer le vélo haut de gamme.
Un vélo en bois pour rouler fort ? L’idée surprend. Et pourtant, à La Rochelle, les Ateliers Gonnel bousculent les codes du cyclisme haut de gamme avec leurs cadres fabriqués en frêne, peuplier, lin ou paulownia. Alliage pour la route, Embrun pour le gravel : ces deux modèles artisanaux misent sur les matériaux composites issus du nautisme pour allier confort, performance et écoresponsabilité. Et visiblement, ça marche : carnet de commandes plein, prix d’innovation, et même François Gabart au capital. Alors, le vélo en bois, gadget ou vraie alternative ?
Un matériau surprenant… mais pas si nouveau
Le vélo en bois fait parfois sourire. Et pourtant, ce n’est pas une fantaisie sortie de nulle part. Depuis quelques années, plusieurs artisans français explorent cette piste, comme Woodalps, Hexagone, Tijo ou Bicyclette en Bois. Leur point commun ? Offrir une alternative locale, esthétique et écoresponsable aux cadres en aluminium, en acier ou en carbone.
Mais aux Ateliers Gonnel, la démarche va plus loin. Ce n’est pas qu’une question de style ou de conscience environnementale. Le bois devient ici un véritable levier de performance, grâce à une maîtrise fine des matériaux composites, directement héritée du monde nautique.
La Rochelle, nouveau port d’attache du vélo en bois

Guillaume Bolzec, co-fondateur des Ateliers Bolzec, avec le vélo de route Alliage – DR
L’histoire commence en 2022 à La Rochelle. Trois amis, ingénieurs de formation et passionnés de vélo, décident de lancer leur propre marque. Benjamin Boissier vient du nautisme, où il travaillait sur des trimarans de compétition. Bruno Merelle a roulé sa bosse dans l’aéronautique. Guillaume Bolzec, lui, pilote la partie commerciale et communication. Ensemble, ils fondent les Ateliers Gonnel, avec une idée simple : transposer le meilleur du composite maritime au service d’un vélo français, performant et désirable.

L’équipe des Ateliers Gonnel, de gauche à droite : Bruno Merelle, Benjamin Boissier et Guillaume Bolzec – DR
Le résultat ? Un cadre en structure sandwich, qui mêle bois massif et fibres végétales ou carbone, usiné numériquement et fini à la main. Le tout, produit localement, avec des essences comme le paulownia ou le frêne, issues de filières durables en Nouvelle-Aquitaine et en Haute-Normandie.
Le bois, un allié naturel pour la longue distance
Techniquement, ce choix du bois n’est pas une lubie. Il permet d’absorber les vibrations, souvent bien mieux que l’aluminium ou même le carbone. Sur de longues distances, c’est un vrai plus pour le confort. Le reste de la rigidité vient des fibres, soigneusement orientées pour optimiser la réponse du cadre. Résultat : des vélos qui filtrent sans mollesse et qui roulent en silence. Un luxe discret.

Les Ateliers Gonnel à La Rochelle – DR
Côté esthétique, l’effet est garanti. Chaque vélo est unique, avec le veinage naturel du bois comme signature visuelle. Et contrairement aux idées reçues, pas besoin de s’inquiéter de la pluie ou des variations de température : les cadres sont traités et testés pour résister aux conditions réelles d’usage.
Deux vélos, deux visions du haut de gamme
La gamme Gonnel se décline aujourd’hui en deux modèles :
Alliage, le vélo de route en bois

Vélo de route en bois Alliage des Ateliers Gonnel – DR
Le premier, baptisé Alliage, s’adresse aux amateurs de route sportive. Avec son cadre en peuplier, paulownia et fibre de carbone, il affiche un poids de 1,8 kg à nu, et entre 8 et 9 kg en montage selon les composants choisis. Il a d’ailleurs bouclé Paris-Brest-Paris sans encombre, décrochant au passage le prix de l’originalité et celui du public lors du Concours de Machines 2023. Une façon de valider sa robustesse sans renier l’élégance.
L’Alliage est disponible en trois tailles (S, M, L) à partir de 4 200 € le kit cadre. Il peut être configuré en ligne, avec un large choix de roues, cintres, selles, pneus, tiges de selle et transmissions. Parmi les options les plus haut de gamme : le groupe SRAM Red AXS en 2×12 vitesses, qui permet de passer sous les 8 kg avec des roues Scope Artech 6 et d’atteindre les 13 000 €. En configuration plus modeste avec une transmission Shimano 105 et des roues Duke Road Runner X30, le vélo reste sous les 9 kg pour un total de 6 000 €. Ceux qui aiment la route sportive sur un vélo différent y trouveront une alternative sérieuse au carbone.
Embrun, le gravel en bois

Vélo gravel en bois Embrun des Ateliers Gonnel – DR
De son côté, l’Embrun adopte une approche plus engagée côté matériaux. Le cadre est composé à 80 % de matières d’origine végétale, notamment du frêne et de la fibre de lin. Le frêne est reconnu pour ses excellentes propriétés mécaniques, tandis que le lin, très présent dans le triangle arrière, renforce la structure tout en filtrant efficacement les vibrations. Le résultat : un gravel confortable et nerveux, conçu pour les longues escapades, les terrains cassants et les voyages au long cours. Il a d’ailleurs été testé sur 700 km entre Bordeaux et Bilbao lors d’un ultra biking challenge.
Hugo de GravelPassion, qui l’a longuement essayé, parle d’« une belle réussite, qui mérite qu’on s’y intéresse de près ». Et ajoute que l’Embrun pourrait bien « faire réfléchir à deux fois ceux qui hésitaient encore à rouler sur autre chose que du carbone ou du titane ». Le message est clair.

Vélo gravel en bois Embrun des Ateliers Gonnel – DR
Disponible lui aussi en trois tailles, l’Embrun démarre à 3 600 € le kit cadre. En configuration de base avec un groupe Shimano GRX 600/400, le prix grimpe à environ 5 000 € pour un vélo de 10 kg. Ceux qui veulent du sans-fil et plus de nervosité peuvent opter pour un montage en SRAM Force XPLR AXS et passer sous la barre des 9 kg, voire sous les 7 kg avec des composants optimisés, selon le configurateur. Et à plus de 6 000 €. De quoi rivaliser avec bien des gravel en carbone, avec un supplément d’âme et de confort.
Une start-up qui trace sa route
Les débuts des Ateliers Gonnel ne sont pas passés inaperçus. En 2024, la jeune pousse rochelaise a multiplié les distinctions, du prix Innovation Green au trophée Émergence de la CCI. Elle a même séduit le navigateur François Gabart, désormais actionnaire. Une marque de confiance forte, qui confirme la pertinence de leur approche.
En interne, la petite équipe grandit. Deux nouvelles recrues ont rejoint l’atelier, qui tourne à plein régime. Avec une production qui doit doubler d’ici fin 2025, les Gonnel visent les 200 vélos par an d’ici 2027. Ce n’est pas la cadence d’un grand groupe, mais c’est justement ce qui fait leur force : une production maîtrisée, artisanale, en circuit court, avec un vrai souci du détail.
Alors oui, les prix sont à la hauteur des ambitions. Mais face à des cadres importés, anonymes et peu durables, l’option bois-composite signée Gonnel a de solides arguments. Pour le confort, pour l’esthétique, pour l’éthique. Et pour tous ceux qui pensent que le vélo mérite mieux que de simples feuilles de carbone sorties d’un moule en Asie.
