Le leader américain de l’entraînement cycliste ludique met la main sur ROUVY, son principal concurrent spécialisé dans les vidéos de routes réelles. Une opération de consolidation qui promet une compatibilité matérielle immédiate tout en assurant l’indépendance des deux applications.
Pendant des années, les cyclistes indoor se sont divisés en deux camps. D’un côté, les adeptes de Watopia, avalant les kilomètres dans les mondes virtuels au look cartoon de Zwift. De l’autre, les puristes de ROUVY, transpirant sur de véritables vidéos de routes géolocalisées pour préparer un col ou un triathlon. Ces deux visions, jusqu’ici concurrentes, viennent de converger : la plateforme américaine Zwift a finalisé l’acquisition stratégique de son rival tchèque.
Deux visions du cyclisme indoor qui se rejoignent
Là où Zwift a bâti son hégémonie sur la gamification et l’aspect social, ROUVY s’est imposé comme le contre-modèle parfait en misant sur le réalisme. Avec ce rachat, Zwift sécurise le segment des parcours réels, un marché solide qu’elle maîtrisait moins bien, et s’empare au passage de Fulgaz, une autre application de cyclisme virtuel que ROUVY avait elle-même rachetée début 2025.
« C’est un moment majeur pour Zwift et ROUVY », déclare Eric Min, cofondateur et PDG de Zwift. Le dirigeant reconnaît la forte complémentarité des deux offres : « Nous avons énormément de respect pour ce que ROUVY a accompli, en développant un produit fantastique et en faisant croître sa communauté mondiale en démontrant qu’il existe un marché solide pour les expériences vidéo réelles. L’expérience différenciée de ROUVY est la preuve que nous pouvons être plus forts ensemble ».
Cette acquisition intervient dans un contexte de forte reprise de la pratique. « Au cours de l’année écoulée, nous avons vu le marché du cyclisme en intérieur croître au rythme le plus rapide depuis la COVID », constate Eric Min, qui y voit l’opportunité de rendre la pratique accessible à de nouveaux profils cherchant à soutenir leur santé à long terme.
Une ouverture immédiate sur le matériel
Pour les utilisateurs, l’annonce aurait pu susciter l’inquiétude d’une migration forcée. Les deux marques se veulent pourtant rassurantes : « Zwift et ROUVY continueront tous deux à fonctionner de manière indépendante, avec des feuilles de route et des offres d’abonnement différenciées ».

La véritable nouveauté à court terme se situe sur le plan matériel. Dès aujourd’hui, les home trainers intelligents certifiés « Zwift Ready » et les cadres Zwift Ride deviennent totalement compatibles avec l’application ROUVY. Concrètement, le dérailleur virtuel Zwift Cog, embarqué sur des modèles comme le Wahoo Kickr Move ou le Van Rysel D100, fonctionnera désormais sur les routes tchèques.
Une petite limite subsiste néanmoins pour le moment : les commandes Zwift Play fixées au guidon ne sont pas encore compatibles avec ROUVY pour le changement de vitesse virtuel, ce qui obligera les cyclistes à utiliser leur smartphone ou leur PC. Zwift précise toutefois que d’autres mises à jour combleront ces lacunes dans les mois à venir.
Un marché du cyclisme indoor en pleine concentration
Du côté de ROUVY, on salue la validation d’un modèle économique éprouvé. « Je suis vraiment fier de ROUVY et de notre communauté ! », se réjouit Petr Samek, PDG et fondateur de l’application. Il tient à rassurer ses adeptes de la première heure : « ROUVY continuera d’être le ROUVY que vous connaissez et aimez, avec la même équipe et la même volonté d’aider les cyclistes à atteindre leurs objectifs ».
Reste à voir comment cette cohabitation évoluera à moyen terme. Après la phase d’euphorie liée à la pandémie, le marché du cyclisme indoor entre dans une période de forte concentration où les leaders absorbent les plateformes les plus spécialisées.
L’histoire récente du secteur a ainsi montré que les promesses d’indépendance peuvent s’effacer face à la rationalisation des coûts, à l’image de l’absorption totale de Bkool par ROUVY l’année dernière, ou de la fermeture de RGT seulement 18 mois après son rachat par Wahoo. Le défi de Zwift sera désormais de tirer profit de cette acquisition d’envergure sans étouffer l’ADN unique qui a fait le succès de son meilleur contre-modèle.