Des cadres aux couleurs, la marque américaine muscle son plan climat et veut entraîner l’industrie avec elle.
Il y a les grandes annonces et les actions concrètes. Trek coche les deux cases cette année. Dans un marché vélo ultra-concurrentiel, la marque américaine mise sur un virage écolo assumé, chiffres et innovations à l’appui. Rapport de développement durable validé par la SBTi, peintures issues de cours d’eau pollués, aluminium vert et bidons végétaux : Trek ne se contente plus de fabriquer des vélos, elle veut prouver qu’on peut les fabriquer autrement. Et elle appelle toute l’industrie à suivre.
Trek veut rouler plus propre
Pour Trek, la transition écologique ne se résume plus à une case à cocher. En 2024, la marque américaine franchit une étape importante : ses objectifs de réduction d’émissions sont désormais validés par la Science Based Targets Initiative. Ce label indépendant garantit que le plan climat de Trek respecte une trajectoire compatible avec les recommandations du GIEC. Un sérieux coup d’accélérateur, dans une industrie encore très émissive.
L’un des leviers majeurs, c’est la refonte des matériaux. Trek s’approvisionne désormais en aluminium auprès d’usines alimentées par des énergies renouvelables. Résultat : jusqu’à 70 % d’émissions en moins pour la fabrication de certains cadres. Ce n’est pas anecdotique quand on sait que la production d’un vélo haut de gamme repose largement sur ce métal.

Mais la logique s’applique aussi aux accessoires et composants. Les casques intègrent des mousses recyclées, les bidons sont fabriqués à 95 % à partir de plantes, les emballages bannissent le plastique. Même les batteries de VAE, longtemps pointées du doigt pour leur impact environnemental, bénéficient d’un travail de fond : Trek collabore avec Call2Recycle pour optimiser leur recyclage et allonger leur durée de vie. On sent que l’approche devient globale.
Enfin, Trek alimente déjà à 100 % son siège et son usine principale avec de l’énergie renouvelable, et vise le même objectif pour toutes ses installations d’ici 2030. Une trajectoire ambitieuse, à la hauteur des enjeux du secteur.
Même la peinture devient un acte militant avec Project One
Si le vert devient la couleur symbolique du vélo durable, Trek l’a pris au pied de la lettre. Avec sa gamme Project One, la marque lance trois nouvelles finitions fabriquées à partir de pigments issus de cours d’eau pollués. Le procédé est inédit : l’entreprise américaine s’est associée à Iron Oxide Recovery, qui extrait le fer présent dans l’eau contaminée pour le transformer en pigments naturels.

Peinture Project One de Trek
Ce sont ces résidus de fer, collectés dans des rivières dégradées par l’activité humaine, qui donnent naissance aux teintes Moondust, Desert Mauve et Mojave Red. En plus de limiter l’usage de pigments extraits via l’industrie minière, le procédé participe à la dépollution des milieux aquatiques. Une innovation discrète mais révélatrice de l’évolution de Trek. Comme le souligne la marque : « Elles représentent un changement plus grand dans la façon dont nous abordons la conception et les matériaux de tous les produits ».
Ces peintures sont disponibles uniquement sur les modèles haut de gamme personnalisables. Une manière de rendre visible cet engagement auprès des cyclistes passionnés, ceux qui scrutent chaque détail de leur monture. Et de rappeler que l’esthétique aussi peut devenir un geste durable.

Une marque en mission (et en communication)
Chez Trek, la stratégie environnementale ne se joue pas en coulisses. Elle s’affiche, se structure, et se partage. L’entreprise ne se contente pas de changer ses propres pratiques : elle veut embarquer toute l’industrie avec elle. Et pour ça, elle impose désormais des standards environnementaux plus exigeants à ses fournisseurs. Un levier peu visible pour le grand public, mais essentiel dans la chaîne de production.
Cette démarche s’accompagne d’une volonté de transparence. Trek publie ses données, ses avancées, ses méthodes. Objectif : inspirer, ou mettre la pression, selon les points de vue. Dans un secteur encore très éclaté, avec des niveaux d’engagement très variables, la marque américaine cherche clairement à jouer un rôle moteur. Le message est clair : l’avenir du vélo passe aussi par une industrie plus propre.

Ce positionnement s’inscrit dans une philosophie plus large, que Trek revendique depuis plusieurs années : faire du vélo une solution concrète face aux grands défis de notre époque. « Trek croit au fait que le vélo peut être une solution simple à plusieurs des problèmes les plus complexes du monde », rappelle le fabricant américain. Une phrase qui sonne comme un slogan, mais qui prend aujourd’hui une nouvelle dimension, plus systémique, plus structurée.
Et ce n’est pas un hasard si Trek soutient des programmes comme PeopleForBikes ou la Trek Foundation, qui financent des infrastructures cyclables et défendent une ville pensée pour le vélo. La marque ne veut pas seulement produire des objets responsables, elle veut que ces objets aient un sens dans un écosystème cohérent.
Un vrai virage ou un joli coup de peinture ?
Dans un marché saturé de discours verts, difficile de faire le tri entre les effets d’annonce et les engagements solides. Trek, de son côté, aligne les chiffres, les actions et les partenaires. Aluminium bas carbone, emballages sans plastique, batteries optimisées, peintures qui dépolluent : la marque coche de plus en plus de cases, sans trop verser dans le greenwashing. Et le fait de soumettre ses objectifs au regard d’un organisme indépendant comme la SBTi crédibilise la démarche.
Mais soyons lucides : l’impact global de la fabrication d’un vélo reste élevé, et la transition vers un modèle véritablement durable prendra du temps. La plupart des modèles Trek restent produits loin des lieux de vente, les matériaux composites restent difficiles à recycler, et les vélos électriques posent toujours la question du cycle de vie des composants. L’effort est réel, mais la route est encore longue.
Reste que Trek assume une posture offensive. Plutôt que de minimiser son empreinte, la marque choisit d’en faire un levier d’image et de différenciation. Dans une industrie encore marquée par les polémiques passées – l’ombre d’Armstrong n’est jamais loin – cela ressemble aussi à une forme de réhabilitation. Montrer qu’on peut être un acteur mondial, historique, et en avance sur la question écologique. Un peu comme rouler vite… sans tricher.

