Ramato : le rouge cuivré qui raconte plus d’un siècle de Wilier

Wilier Ramato et logo
Teinte rare et élégante, le Ramato est l’ADN visuel de Wilier. Une couleur qui traverse l’histoire, de la Première Guerre mondiale aux routes du Tour.
Une teinte cuivrée aux reflets changeants, héritée d’un siècle d’histoire et d’anecdotes, devenue la signature de Wilier Triestina. Derrière ce rouge métallisé unique se cache une saga faite de patriotisme, de résilience, de coups de génie… et de quelques légendes locales.
Une marque née dans la tourmente
Fondée en 1906 à Bassano del Grappa, en Vénétie, Wilier Triestina tire son nom d’un acronyme patriotique : W l’Italia Libera e Redenta (« Vive l’Italie libre et réunifiée »). Ce slogan patriote faisait référence à la reconquête de Trieste, alors sous domination austro-hongroise. L’ajout de « Triestina » au nom de la marque viendra plus tard, dans cet esprit d’unité nationale.

Equipe Groupama-FDJ sur des vélos Wilier
C’est aussi dans ce contexte qu’apparaît le logo en forme de hallebarde, une arme médiévale associée à la ville de Bassano et à sa tradition militaire. Pour Pietro Dal Molin, fondateur de la marque, ce symbole représentait la force, la combativité et l’élégance. Une métaphore du cyclisme, et un moyen de se démarquer des autres marques italiennes plus classiques.
Une couleur née du cuivre et de la pénurie
Après la Seconde Guerre mondiale, Wilier est exsangue. L’usine a été touchée par les bombardements, la production est stoppée. Mais en 1945, les fils de Dal Molin relancent la machine. Pour produire malgré les restrictions, ils utilisent des pièces récupérées et les peignent avec ce qu’ils trouvent : notamment des restes de peinture contenant du cuivre oxydé.

Wilier Superleggera Ramato
C’est ainsi qu’apparaît le Ramato, ce rouge cuivré profond, appliqué à la main, avec des reflets changeants selon la lumière. Une teinte immédiatement reconnaissable, qui donnera tout son cachet au modèle Superleggera, et marquera durablement l’identité visuelle de la marque.

Wilier Superleggera Ramato
L’usine maudite et les années d’oubli
Dans les années 1960, Wilier traverse une période difficile. La marque fait face à une concurrence féroce, notamment de Bianchi, Colnago ou Pinarello. Une rumeur locale raconte que l’usine était bâtie sur un terrain « maudit », ce qui expliquerait les déboires financiers. Les ouvriers, eux, plaisantaient en disant que seuls les vélos Ramato avaient le pouvoir de conjurer le mauvais sort.
Après la faillite de la famille fondatrice Dal Molin, Wilier est reprise en 1969 par la famille Gastaldello, qui relance progressivement la production. Dans les décennies suivantes, la marque adopte une stratégie plus moderne, misant sur les cadres en aluminium puis en carbone. Les designs se font plus sobres, plus industriels, en phase avec les codes du peloton. Le Ramato, devenu désuet dans ce contexte, disparaît peu à peu des catalogues. Il survit surtout grâce aux restaurateurs et à quelques peintures réalisées secrètement par un petit groupe de mécaniciens pour des clients fidèles.

Peinture Ramato de Wilier
C’est aussi à cette époque qu’émerge une légende. Au milieu des années 1990, un jeune grimpeur italien aurait testé un prototype Wilier peint en Ramato, lors d’une course mineure. Ce coureur, c’était Marco Pantani. Séduit par la légèreté du cadre, il aurait envisagé de rouler pour la marque, avant que son contrat avec Bianchi n’en décide autrement. Le vélo, jamais commercialisé, serait aujourd’hui conservé par un collectionneur. Si cette histoire se confirme, elle laisse un goût d’occasion manquée : le Ramato aurait pu entrer dans la légende aux côtés du Pirate.
Le retour d’une icône
En 2006, pour célébrer son centenaire, Wilier remet le Ramato à l’honneur. La marque dévoile une édition limitée du Cento1, un cadre en carbone peint dans cette teinte rouge cuivré emblématique, produite à seulement 100 exemplaires. Le succès est immédiat. La couleur, réinterprétée pour s’adapter aux peintures modernes, conserve sa profondeur et son éclat, tout en s’offrant un nouveau souffle.

Wilier Filante SR Ramato
Depuis, le Ramato est devenu un symbole incontournable de Wilier, réapparaissant régulièrement sur des modèles haut de gamme comme le Cento1 Superleggera (lancé en 2010), le Zero SLR ou le Filante SLR, souvent en éditions limitées. Cette couleur incarne l’élégance italienne, l’héritage artisanal de la marque et son attachement profond à ses racines vénitiennes.
Cavendish et le clin d’œil du destin
Lors de sa dernière saison en 2024, Mark Cavendish roule sur un Wilier bleu et jaune aux couleurs d’Astana. Un vélo visuellement très proche du Bianchi historique de Pantani… Un clin d’œil involontaire mais troublant, quand on sait que Cavendish dépasse cette année-là le record de victoires d’étapes sur le Tour, un record longtemps associé à l’époque de Pantani.
Le Ramato n’est pas qu’une couleur. C’est un fil rouge dans l’histoire d’une marque italienne centenaire. Une teinte artisanale, née de la débrouille, passée par l’oubli, ressuscitée avec panache. Une couleur qui, à sa manière, continue d’écrire la légende de Wilier.
