Cycles du Midi lance un biporteur low-tech pour contrer la “SUVisation” du vélo cargo

Thibaut Bernardin
7 min de lecture
Le premier biporteur de Cycles du Midi (DR)

Un cargo simple, léger et fabriqué en France. Cycles du Midi prend le contre-pied d’un marché devenu trop complexe.

Le vélo cargo n’a jamais autant progressé en France. Mais à mesure que les modèles se multiplient, ils embarquent toujours plus d’équipements, d’électronique et de poids, au point de transformer certains cargos en véritables “SUV du vélo”. Une évolution qui interroge, surtout pour un usage du quotidien.

À Toulouse, Cycles du Midi fait le choix inverse. La jeune marque lance un biporteur conçu pour rester simple, léger et durable. Cadre en acier, composants standards, électronique limitée au strict nécessaire… Autant de choix pour revenir à un vélo facile à utiliser, facile à entretenir, capable de remplacer une voiture sans ajouter de complexité inutile.

Cycles du Midi, une nouvelle marque toulousaine qui veut fabriquer autrement

Fondée en 2023 à Toulouse, Cycles du Midi s’inscrit dans une dynamique encore récente en France, celle d’acteurs qui cherchent à relocaliser une partie de la production vélo. À l’origine du projet, Ange Padovani, ingénieur mécanique passé par l’aéronautique, a fait le choix de quitter un grand groupe pour se consacrer à son projet.

« Ce que je voulais vraiment, ce n’était pas gérer une flotte ou une entreprise de services, mais développer un produit », dit-il. Après une première expérience dans la cyclologistique, il décide de se concentrer sur la conception d’un vélo cargo, avec une idée simple en tête : proposer un outil de mobilité utile, durable et cohérent.

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Ce positionnement se retrouve dans toute la chaîne de fabrication. Le cadre en acier est produit dans les Hautes-Pyrénées, la peinture dans le Tarn, les roues à Saint-Étienne, l’assemblage en Occitanie. Au total, entre 70 et 80 % du vélo est fabriqué en France, dans un rayon relativement restreint autour de Toulouse. « C’est très satisfaisant de voir qu’on peut finalement assez facilement fabriquer en France. Cela crée du lien, de l’humain et du sens », souligne le fondateur. Un choix industriel assumé, qui vise autant à réduire l’impact environnemental qu’à recréer un écosystème local.

Les débuts restent modestes avec une quinzaine de vélos vendus pour environ 50 000 euros de chiffre d’affaires en dix mois, mais la marque se donne un objectif raisonnable de 50 à 100 unités par an à moyen terme. On est donc loin des volumes des grandes marques et plutôt dans une logique artisanale.

Un biporteur simple et léger pour un usage quotidien

Pour son premier modèle, Cycles du Midi s’attaque directement à l’usage avec un biporteur pensé pour le quotidien, les trajets courts, les enfants à déposer, les courses à transporter ou le matériel à déplacer. Plus stable qu’un vélo classique chargé, plus maniable qu’un triporteur, il permet de transporter jusqu’à 200 kg tout en conservant une largeur contenue d’environ 60 cm.

Le vélo est proposé en version musculaire ou électrique, avec un moteur français Virvolt et une autonomie annoncée entre 40 et 60 kilomètres selon la batterie. Mais au-delà des caractéristiques, c’est surtout la philosophie qui se distingue. Ici, pas de surenchère technologique ni de gadgets. Le vélo repose sur un cadre en acier garanti 10 ans, des composants standards et une électronique réduite au strict nécessaire.

« Depuis l’avènement des vélos électriques, nous avons constaté une sorte de SUVisation du marché », explique Ange Padovani dans un entretien accordé à La Gazette du Midi. « Nous, nous sommes sur quelque chose de beaucoup plus simple. »

Ce choix se retrouve aussi dans la réparabilité. Les pièces sont accessibles, compatibles avec des standards du marché, et peuvent être remplacées sans passer par un réseau fermé. « Au moindre problème, les clients peuvent retrouver les éléments de rechange dans n’importe quel commerce », précise le fondateur.

Cycles du Midi propose même un kit cadre, une option encore rare, qui permet aux utilisateurs les plus avertis de monter leur propre configuration.

Face aux géants du cargo, un positionnement à contre-courant

Le marché du vélo cargo connaît une forte croissance en France avec environ 33 000 unités vendues chaque année selon l’Observatoire du cycle. Dans ce segment, le biporteur reste encore minoritaire, avec seulement 1 000 à 2 000 ventes annuelles. Une niche donc mais qui s’avère stratégique, notamment pour les usages familiaux et professionnels en ville.

Dans ce paysage, les références sont bien installées. Decathlon propose avec le F900E un modèle accessible et très équipé à 4 999 euros, mais assez lourd (66 kg). Urban Arrow mise sur le confort familial avec son Family autour de 4 999 euros, au prix d’un poids proche des 50 kg. À l’opposé, des modèles comme le Muli Motor ST Pro ou les cargos Riese & Müller poussent très loin l’intégration technologique, avec des tarifs nettement plus élevés. Douze Cycles, de son côté, incarne une alternative française déjà bien identifiée sur le segment.

Face à ces acteurs, Cycles du Midi propose une alternative plus simple et plus légère avec un prix d’entrée à 4 990 euros, un poids contenu autour de 40 kg en version électrique et une fabrication largement française. Un positionnement qui peut séduire ceux qui cherchent un outil durable, réparable et cohérent avec un usage quotidien.

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Ce choix implique aussi quelques compromis. Le confort sera sans doute moins poussé que sur certains modèles haut de gamme et le réseau reste en construction. Mais dans un marché qui monte en gamme, cette approche plus simple apporte une alternative crédible.

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Thibaut Bernardin est le fondateur de Guide Vélo. Cycliste du quotidien et observateur attentif des infrastructures urbaines, il met son expertise au service des usagers pour dénicher les meilleures solutions de micromobilité. Des vélos à courroie aux draisiennes pour enfants, des compteurs GPS aux meilleurs antivols du marché, Thibaut réalise des tests rigoureux basés sur une expérience de terrain réelle.